Chalet des Aviateurs

La traversée de l’Atlantique nord du Bremen 

 

Le sauvetage de son équipage depuis le lac Nairne

 La traversée La première traversée de l’Atlantique-nord en avion dans le sens ouest-est a été effectuée par Charles Lindbergh en 1927.

 

La traversée, dans le sens est-ouest, présente un défi supplémentaire car il faut affronter, au cours du vol, des vents contraires. Après un premier échec, les préparatifs d’une deuxième tentative, en avril 1928, vont s'effectuer dans la plus grand secret. Ainsi, la traversée de l'Atlantique sera tentée à bord d’un avion de marque Junker W33, nommé Bremen, piloté par Arthur Spindler3 et Hermann Kôhl; Günther Von Hünefeld, qui finance lui-même le projet, insiste pour être du voyage. L'équipage prendra son départ de la base de Baldonnel Fields située près de Dublin, en Irlande, pour se terminer à Mitchell Fields, près de New York, aux États-Unis. Un vol d'une durée totale prévue de 36 heures.

 

La Lufthansa et la NDL, les employeurs de Kôhl et Hünefeld, refusent d'être associés à un projet aussi risqué. On croit alors impossible d'effectuer la traversée de l'Atlantique nord, d'est en ouest. avec un appareil propulsé par un seul moteur et pas adapté pour réaliser un amerrissage en cas de problèmes. Le soir du 26 mars 1928, le Bremen et son équipage arrivent en Irlande. Dès l'annonce de la nouvelle, Kôhl perd son poste à la Lufthansa4 Une mauvaise météo oblige le Bremen à retarder son départ vers l'Amérique. L'attente dure plus de deux semaines.

 

En cours de route, le pilote Arthur Spindler est remplacé, à la suite d'une dispute avec Hünefeld, par le major James C. Fitzmaurice (1898-1965), chef de l'aviation de l'État libre d'Irlande. Le 12 avril 1928, à 5h385 , le Bremen quitte l'aéroport militaire de Baldonnel Fields pour tenter la traversée de l'Atlantique. Le vol du Bremen s'effectue sans anicroches jusqu'à l'arrivée à environ 600 kilomètres des côtes de l'île de Terre-Neuve. Une tempête se lève alors rendant le pilotage visuel difficile; le Bremen doit donc se fier pour son vol sur ses seuls instruments de navigation. Quelques temps plus tard, comble de malheur, l'éclairage de ces mêmes instruments lâche!

 

L'avion ne compte alors pas de radio afin d'alléger le poids du vol. Le Bremen dévie ainsi loin vers le nord et se retrouve à survoler, sans le savoir, les eaux de la côte du Labrador. Le temps s'éclaircit, les pilotes aperçoivent bientôt le continent. Toutefois, leurs réserves de benzol seront bientôt à sec; il faut chercher à se poser. Ils voient alors ce qui semble être un bateau immobilisé dans les glaces mais constatent qu'il s'agit d'un phare. Ils atterrissent vers 12h006, le 13 avril 1928 sur un réservoir d'eau gelé sur l'île Greenly située à limite du Labrador et du Québec.

Le « choc brisa le train d'atterrissage en deux, courba l'arbre de couche et les pales de l'hélice en plus de blesser Koehl au front7». Pour repartir, le Bremen doit faire l'objet de réparations importantes. Les 1 Les informations contenues dans cet article sont tirées du Rapport de recherche sur le Bremen “Saint-Aimé-des-Lacs, au centre d’une page mémorable de l’histoire de l’aviation mondiale” Réalisé par Serge Gauthier, Ph. D et Christian Harvey B.A. de la Société d’histoire de Charlevoix pour la municipalité de Saint-Aimé-des-Lacs, janvier 2008, 19 p. 2 Le lac Nairne, anciennement Grand Lac Saint-Agnès, est situé à saint-Aimé-des-Lacs dans le comté de Charlevoix à 140 km de Québec sur la rive nord du Saint-Laurent. 3 Ce dernier laisse tomber le projet avant le départ. 4 Il récupère à la suite de la réalisation de la traversée 5 12h28 heure de Québec 6 Heure de Québec 7 Sylvain GINGRAS.

 

L’aventure des pilotes de brousse, Saint-Raymond, Les Publications Triton Inc., 2001. p. 126 Le Bremen sur l’ïle Greenly. On remarque Roméo Vachon à droite. trois membres d'équipage sont secourus par la famille du gardien de l'île, Michel Le Templier. Un message est alors envoyé à la station de Pointe-Amour afin d'annoncer la nouvelle au continent. Le gouvernement canadien, alors dirigé par le premier ministre Mackenzie King, interrompt une séance du Parlement pour permettre à son ministre J. L. Ralston d'en informer la population. Dès lors une course débute pour savoir qui aura l'honneur, le premier, de porter secours à l'équipage du Bremen. Le sauvetage Le gouvernement canadien fait donc appel à l'un de ses navires, le Montcalm,et aux pilotes situés au Lac Nairne, à Saint-Aimé-des-Lacs.

 

Mais pourquoi ces pilotes sont-ils là? Le samedi 14 avril à 10h50, un avion Fairchild, ayant à son bord les pilotes Louis Cuisinier et Duke Schiller ainsi que le mécanicien Eugène Thibault, quitte la base de Saint-Aimé-des-Lacs. Ce départ ne laisse personne indifférent: « Peu de temps après son départ (l'avion de Louis Cuisinier) de la Malbaie arrivait ici (à Québec) un groupe de représentants de journaux et de photographes canadiens et américains puis à dix heures dimanche soir la Compagnie aérienne transcontinentale canadienne organisait un train spécial de Québec. MM. L.-S. Couture et Robert Cannon, président et directeur de la compagnie, M. J.-E. Leblanc, du Canadien National, M. J.-A. Côté, surintendant de la division Montmorency du Québec Power, des télégraphistes, des constables provinciaux et des représentants des journaux locaux et américains faisaient le voyage sur ce train qui atteignit la Malbaie à trois heures du matin. À cinq heures, le groupe partait pour le Lac Sainte-Agnès en automobiles. Après avoir parcouru cinq milles dans des chemins difficiles, les véhicules moteurs furent remplacés par des carrioles qui terminèrent le trajet.

 

À sept heures, la base du lac Sainte-Agnès était atteinte (...)8» Le 15 avril 1928, l'avion de la Canadian Transcontinental a gagné la course vers l'île Greenly. On projette alors de réaliser les réparations nécessaires pour que le Bremen puisse continuer sa route vers New York. Le 17 avril 1928, un deuxième avion avec à son bord Roméo Vachon et le mécanicien Georges Ouellet quitte la base du Lac Nairne. Avec lui, un reporter de la Presse canadienne et trois photographes américains. Coût du voyage aller-retour pour chacun des passagers: 2 500$! Le premier avion revient au Lac Nairne avec à son bord le major James Fitzmaurice qui doit rencontrer des représentants de la compagnie allemande Junkers pour obtenir des pièces de rechange. Tout le monde attend l'avion à Saint-Aimé-des-Lacs :

 

« Cinq avions sont déjà très réunis à cet endroit et chacun a amené des journalistes et des photographes qui s'en donneront à coeur joie quand le commandant Fitzmaurice descendra de l'avion sauveur. Des cinq avions actuellement au Lac Sainte-Agnès quatre se mettront en route avec leurs passagers, journalistes et photographes, pour accompagner à Québec le major Fitzmaurice. Les quatre oiseaux devraient survoler la ville d'un instant de l'autre. Quant au cinquième, il transportera à Greenly Island les journalistes et les photographes qui ont mission d'aller près du Bremen, recueillir une histoire sur le voyage des as allemands, sur celui du docteur Cuisinier et de surveiller les réparations du Junker fameux.9» La Malbaie et Saint-Aimé-des-Lacs ont du mal à accueillir tous les journalistes:

 

« On mande de la Malbaie que cette station balnéaire a été prise d'assaut à la fin de la semaine par un groupe de photographes et de journalistes entreprenants, anxieux de rejoindre les aviateurs allemands qui viennent de traverser l'Atlantique afin de les photographier et de les interviewer. Samedi et dimanche, pas moins de 4 trains spéciaux ont été demandés au Canadien National par des journalistes anxieux d'arriver ici les premiers. Une grande activité règne dans la petite ville grâce aux nombreux journalistes et photographes qui y circulent en quête d'avions pour les transporter à l'île Verte (Greenly Island) ou, à leur défaut, de nouvelles pouvant être télégraphiées à leurs journaux respectifs pour accommoder tous ces journalistes, la compagnie du télégraphe du Canadien National fait poser des fils supplémentaires.

 

Toutes les résidences autour de la base de la compagnie Trans. Co. sont occupées par des photographes et des journalistes. La plus grande activité règne à la Malbaie depuis le début de la semaine. Tous les hôtels sont remplis et une longue traînée de carrioles circule continuellement sur la route de douze milles entre le village et le Lac Sainte-Agnès10 Finalement, le major James Fitzmaurice fait son arrivée ou Lac Nairne à 3h25 le 18 avril 1928 en compagnie de Louis Cuisinier et de Duke Schiller. Le 20 avril 1928, les pilotes Floyd Bennett et Bernt Balchen à bord d'un puissant trimoteur Ford envoyé par la New York World and North American Newspaper Alliance quitte Détroit pour se rendre porter secours au Bremen avec des pièces de rechange. Arrivé au Lac Nairne, Bennett s'écroule sur la glace; le docteur Louis Cuisinier diagnostique alors une pneumonie.

 

Il est rapidement amené à l'hôpital Jefferey Hale de Québec et il est placé sous les soins du docteur W.H. Delaney. Son état de santé ne s'améliore pas. L'aviateur Charles Lindbergh est alors chargé de lui acheminer un sérum de New York à Québec pour lui sauver la vie. Il se pose sur les Plaines d'Abraham. Toutefois. Bennett décède le 25 avril 1928. Le major Fitzmaurice repart le 22 avril 1928 vers l'île Greenly piloté par les commandants Richard W. Byrd et Bernt Balchen. Rien n'y fait. Le Bremen ne peut être réparé afin de continuer sa course vers New York.

 

Il devra être démonté et envoyé quelques mois plus tard par bateau vers le continent. Le 26 avril, à 15h52, les « trois mousquetaires de l’air », James Fitzmaurice, Hermann Köhl et Günther Von Hünefeld, font leur arrivée au Lac Nairne où ils sont chaudement accueillis.